La problématique du varroa en Afrique

Chers membres de TECA, 

Le problème du varroa est bien connu en Asie, en Europe et en Amérique. Toute une série de produits de traitements des colonies ont vu le jour, ont été utilisés, certains ensuite interdits suite à des problèmes de rémanences de produits dans la cire, d’apparitions de résistances chez les varroas,… mais aucune solution n’a été trouvée jusqu’à ce jour pour éradiquer le problème.  

Le varroa destructor poursuit son chemin et est maintenant en train d’envahir l’Afrique et le reste du globe. Malheureusement lorsque ce parasite arrive dans une nouvelle région, il faut parfois énormément de temps avant qu’il soit identifié car il n’est pas connu des apiculteurs de la région. Il est souvent identifié tardivement, lorsque le parasite a envahi plus de la moitié du pays ou lorsque de nombreuses colonies ont déjà été affaiblies. 

Les nouveaux pays affectés doivent-ils prendre la même voix que l’Europe en s’orientant vers les produits de traitement médicamenteux aux risques de rencontrer les mêmes problèmes de rémanence et de résistance? Ces produits sont couteux pour les apiculteurs et cette solution ne pourra sans doute être effective que si elle se fait à travers un programme national subventionné. Un autre problème apparait alors : la reconnaissance de l’apiculture au niveau national. En effet, l’apiculture est rarement reconnue et pris en compte dans les programmes gouvernementaux en Afrique. Le fait que la recherche et la filière apicole soit peu organisée, n’aident pas non plus au passage à l’action. Et pendant ce temps-là, le varroa poursuit sa route,…  

Les pays Africains exportant de la cire et autres produits de la ruche avec le label BIO risquent également de perdre ce label. Ne vaudrait-il pas mieux développer des méthodes simples, naturelles et peu couteuses qui limiteraient la propagation du parasite et surtout, qui seraient facile à vulgariser et accessible à tous ? Les abeilles africaines possèdent une forte tendance à essaimage et possède parfois un comportement plus agressif ce qui leur permet de mieux lutter contre les parasites. L’apiculture traditionnelle utilisant des ruches à rayons fixes qui ne permettant pas de lutter contre l’essaimage, n’est-elle pas moins affectée par la problématique du varroa contrairement à l’apiculture semi-moderne et moderne luttant à tout prix contre l’essaimage?  

Cela dit, avant de se réunir afin de voir comment lutter contre le varroa et de proposer des solutions miraculeuses, il est d’abord nécessaire de :

  1. Savoir le reconnaitre et identifier sa présence : les apiculteurs connaissent-ils ce parasite ? Savent-ils le reconnaitre sans le confondre avec un autre parasite ?
  2. Comment le varroa est-il arrivé et d’où vient-il ?
  3. Faire un état des lieux : comment réaliser un état des lieux dans le pays ? Y a-t-il des recherches menées au sein d’université, laboratoire,... Les apiculteurs savent-ils vers qui se tourner s’ils identifient le varroa ?

Nous savons par exemple que le varroa a fait son apparition en Belgique en 1984 par l’Est et qu’elle a envahi le pays (faisant 36 000 km²) en moins de 6 ans. Mais quand est-il du varroa dans chacun des pays d’Afrique ? Sa présence a été confirmée en Afrique du Nord, en Afrique du Sud, au Kenya, en Tanzanie, en Uganda, au Rwanda, à Madagascar ainsi que dans d’autres pays. 

Il est bien sûr impossible de réaliser un état des lieux du varroa à travers une discussion.  Cependant, je fais appel à tous les apiculteurs experts ou amateurs, afin de partager leurs connaissances, ainsi qu’à aider, guider, les techniciens de terrains à mettre en place pourquoi pas des enquêtes, des programmes de formation ou encore  de vulgarisation sur le varroa.

La discussion débutera ce mercredi 13 avril avec la description du varroa et le partage de votre expérience du varroa en Afrique :

  • Dans quels pays et quelles régions du pays l’avez-vous rencontré?
  • Comment avez-vous procédé pour détecter la présence de varroas ?
  • Dans quels types de ruches l’avez-vous identifié ?
  • Est-il confondu avec un autre parasite de la ruche ? Lequel ?
  • Quels auraient été les facteurs de propagation du varroa dans cette région ?

Je vous invite à suivre cette discussion. Partagez votre expérience et faites nous part de vos réflexions sur les différents points cités ci-dessus.

Merci de vous présenter brièvement (expérience, pays etc.) lors de votre première intervention.

 

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Commentaires

Bonjour à tous,

Le Varroa est un parasite externe de l'abeille. C'est un acarien qui affecte à la fois le couvain et les abeilles adultes. Il s'accroche et suce l'hémolymphe des abeilles ce qui les affaiblit et les rend plus sensibles aux maladies ou encore provoque des malformations à la naissance.  Afin de bien comprendre ce qu'est le varroa, son cycle de développement et ce qu'il provoque, je vous invite à consulter la technologie publiée par APIMONDIA sur TECA dont voici le lien : http://teca.fao.org/fr/read/8712

Je vous propose, dès aujourd'hui, d'entrer dans le vif du sujet en présentant votre expérience du varroa en Afrique ! Voici quelques questions pouvant guider votre réponse :

  • Dans quels pays et quelles régions du pays l’avez-vous rencontré?
  • Comment avez-vous procédé pour détecter la présence de varroas ?
  • Dans quels types de ruches l’avez-vous identifié ?
  • Est-il confondu avec un autre parasite de la ruche ? Lequel ?
  • Quels auraient été les facteurs de propagation du varroa dans cette région ?

​Pour les personnes ne connaissant pas ce parasite, n'hésitez pas à faire part de vos craintes ou de vos questions.

Merci de vous présenter brièvement lors de votre première intervention.

Au plaisir de vous lire.

Elsa

Bonjour,

Apiculteur dans la périphérie de Kinshasa nous costatons une bonne fréquence de deux principaux prédateurs à savoir la fausse teigne et le petit coléoptère de la ruche. Quelcun pourra- t-il me fixer sur la présence du varroia en République Démocratique du  Congo ?  

Toute ma reconnaissance !

Léon MASUMBUKO

 

Cher Léon, Chers membres du groupe,

Personnellement, je n'ai pas encore entendu parler du Varroa en RDC. Mais il n'y a peut-être pas encore eu de programme d'identification, de recherches réalisés sur le sujet. Il est fort probable que le varroa soit déjà présent dans l'Est de la RDC (Kivu) car sa présence est reconnue au Rwanda (voir l'intervention de Didier Gillet) ainsi qu'en Uganda et qu'il y a déjà eu des échanges entre les apiculteurs de ces pays.

Parmi les membres du groupe, y a-t-il quelqu'un qui possède une expérience sur le Varroa en RDC et qui pourrait apporter plus de précisions à Léon? Peut-on conseiller à Léon de réaliser un prélèvement d'abeilles dans quelque une de ses ruches afin de procéder à une identification au sucre impalpable (comme expliqué par Christophe Fonge?)

​Merci d'avance pour votre contribution!

Bien à vous,

Elsa

 

 

Chers collègues,

J'ai une toute petite expérience d'apiculture tropicale, en République Centre Afrique RCA, il y a quelques années, quand Varroa n'était pas encore arrivé jusque là. 

Par contre, une longue et fructueuse expérience dans la lutte biologique contre Varroa, avec des cires propres, analysées à l'institut de Hohen Neuendorf (Allemagne).

Plus de 20 ans d'apiculture sans aucune perte de colonie et avec un taux d'infestation très bas, sous un climat par contre continental (800m), avec un arrêt de ponte hivernal.

L'arrêt de ponte peut-il se réaliser en Afrique avec un "cadre" (ou équivalent) de contention de la reine pendant une assez longue durée? Nos confrères italiens ont fait de belles expériences dans ce domaine.

Si cela peut être envisagé, les traitements à l'acide formique (AF) par évaporation ou oxalique par sublimation, fonctionnent très, très, bien. Ils ne laissent aucun résidus.

Aujourd'hui, il existe des évaporateurs compensant les écarts de température (problème le plus difficile à résoudre)  à moins de €10 (un prix exhorbitant pour l'Afrique), ou des traitements ponctuels à l'AF (20ml à 65% sur une éponge) répétés à trois ou quatre reprises pendant un mois.

Suis-je trop simpliste?

Merci de vos commentaires.

Eric

 

 

 

Bonjour,

Bénévole dans l'association de solidarité internationale APIFLORDEV, je suis les projets apicoles que nous appuyons dans une quinzaine de pays. Je suis apiculteur, avec vingt ruches dans le sud ouest de la France.

Le varroa est présent au Burkina Faso et la meilleure façon que j'ai trouvée pour le montrer est d'ouvrir une ruche et de prélever  un morceau de cire avec du couvain mâle. Ensuite, à l'écart, d'extraire les larves et d'observer le(s) petits acariens qui s'en échappent.

Je trouve que c'est une manière démonstrative pour les apiculteurs ou techniciens qui ne connaissent pas.

Bien sûr, il y a d'autres façons de faire.

Cordialement

 

Maurice BARDOT

APIFLORDEV

Chers membres, chers participants,

Merci pour votre première contribution très riche.

Eric, votre expérience sur la lutte biologique sera très intéressante à développer dans cette discussion. De nombreuses questions me viennent déjà à l’esprit, cependant, je propose d'échanger sur les techniques de luttes contre le varroa un peu plus tard. Revenons tout d’abord sur la question de l’identification et de l’expérience de chacun : En quelles années avez-vous séjourné en Centre Afrique et quelles ruches avez-vous utilisés ? Avez-vous toujours des contacts apicoles sur place qui pourraient vous transmettre des informations sur la présence de varroas en RCA?

Maurice, je pense que c’est une excellente méthode de vulgarisation du varroa que vous nous proposez. Dans quels autres pays APIFLORDEV a pu identifier le varroa ? A travers votre expérience, n’avez-vous pas rencontré des apiculteurs qui confondent le varroa avec un autre parasite local qui a moins de conséquence sur les colonies ?

Au Rwanda, par exemple, j’ai entendu que certains apiculteurs le confondent avec le pou de l’abeille : Braula coaca illustré ci-dessous. Le pou étant un insecte à 6 pattes alors que le varroa est un arachnide à 8 pattes (comme on le voit bien au niveau de l'image ci-dessous).    

Chers membres, avez-vous déjà participé à des programmes d’identification et/ou de vulgarisation du varroa dans une région, un pays, ou même un projet apicole ? Comment avez-vous procédé ? Quelles ont été les difficultés rencontrées ? Avez-vous des conseils à donner à ce sujet ?  

Au plaisir de vous lire !

A bientôt.

 

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Bonjour,

Je suis apiculteur au Cameroun depuis de nombreuses années.

Le Varroa est bien présent au Cameroun.

Il a été identifié grâce à une équipe de l'UA-BIRA et ICIPE venue du Kenya qui faisait des recherches sur la santé des abeilles. Cette équipe a parcouru pratiquement toutes les 10 régions du Cameroun, conduite par des Responsables du MINEPIA (Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales).

Je n'ai pas les résultats de leurs recherches dans les autres Régions, mais en ce qui concerne la Région du Centre, l'équipe a visité deux de nos ruchers, dont l'une à Nkometou (à 20Km de Yaoundé vers l'Ouest), et l'autre à Ngoumou (à 35Km de Yaoundé vers le Sud) où ils ont identifié des varroas !

La recherche des ces acariens s'est faite en utilisant du sucre glace (en poudre):

"Un échantillon d'une centaine d'Abeilles a été introduit dans un bocal contenant une poignée de sucre glace et fermé par un couvercle perforé. Le bocal a ensuite été secoué énergiquement pendant quelques minutes, puis retourné au-dessus d'un feuille de papier blanc, de format A4. Le sucre traverse le couvercle, mais les Abeilles sont retenues dans le bocal. En observant à l’œil nu (ou à la loupe) le sucre, les varroas (noirs) se distinguent clairement sur le fond blanc du papier. Le nombre variait de 2 à 5 dans nos ruches (ruches FONGE et ruche kényane) dans les deux localités".

 

Ci-dessous vous trouverez un fichier illustrant la recherche de varroas avec le sucre glace

 

Portrait de Didier Gillet

Depuis 2006, je me rends pratiquement chaque année au Rwanda. Au départ pour mon travail par après pour des raisons familiales et apicoles.

En 2007, j'ai eu l'occasion de pouvoir effectuer une mission de contrôle chez Ardi qui est une ONG partenaire privilégié du ministère de l'agriculture RAB pour ce qui concerne le renforcement des capacités de production et la vulgarisation des pratiques apicoles.

Au fur et a mesure de mes voyages, j'ai pu me rendre compte sur place des besoins de formation et de vulgarisation nécessaires à l'augmentation des capacités de production. Au début, j'ai fait des scéances d'information et de sensibilisation la manière d'améliorer la filière sur l'ensemble du processus 2009 au RDB et Centre Iwacu

De mon point de vue, la grande différence est qu'en Europe je fais toutes les étapes de la production à la vente. Au Rwanda; chaque étape est scindée. Un corps de métier fabrique les ruches, l'apiculteur élève ses colonies et extrait dans des centrre apicoles. La collecte et le conditionnement sont organisées par  une autre composante. La vente est faite dans de petites boutiques et des "super-marquet".

Bref, en décembre 2011, j'ai eu l'occasion de faire une formation en élevage de reines à Butare.

Il m'avait toujours été dit que le varroa n'était pas présent en Afrique Centrale!

J'avais envisagé la possibilité de trouver du varroa sans plus et sans savoir qu'au 2 ème jour de la préparation des colonies pour la formation j'allais trouver du varroa.

J'ai bien sûr averti Ardi ainsi que les autorités locales responsables des productions animales au RAB - Rwanda Agriculture Board  ( ministère de l'agriculturte au Rwanda).

J'ai transmis un premier rapport dont vous trouverez copie en annexe.

Dans ce rapport,  j'ai simplement  repris les moyens de lutte disponibles en Europe, et montré que du varroa avait été trouvé au Rwanda.

Pour moi s'il y avait du varroa à Butare (Huye) il n'y avait aucune raison qu'il n'y en ai pas partout dans le pays.

Quelle était l'origine de la varroase? Je l'ignore mais j'ai pu savoir qu'effectivement des reines avaient été importées  d'Europe. Maintenant y a-t-il une relation de causalité?

Quoiqu'il en soit la problématique était posée.

 

 

 

Fichiers joints: 

Au Senegal,au cours d'une mission APIFLORDEV,un spécialiste sanitaire a effectué un bilan sanitaire des ruchers visités.Ces  observations ont été faites en juin 2013,dans l'Ouest du pays (Bandia et Dassi Lamé) :des varroas ont pu être identifiés dans du couvain male.

Au Burkina,la premiére observation que je connaisse a été faite et referencée en 2010 (?),dans la région de Bobodioulasso.Elle a donné lieu a un comptage à l'aide d'une ruche kenyane à fond grillagé .Un plateau graissé a été utlisé avec un traitement avec Apilife Bar .Le comptage a eu lieu pendant quinze jours en septembre et tous les trois jours.

J'ai personnellement identifié ce parasite dans le couvain male dans des ruchers à Sindou et à Boromo en debut decembre 2014.

Deux remarques:1)ce ne sont pas des découvertes,car la présence du varroa en Afrique de l'Ouest est signalée depuis plusieurs années.

2)Par contre, les techniciens et apiculteurs locaux decouvrent ce parasite ,d'où une certaine inquiétude si les dégats de ce dernier se revelaient catastrophiques dans les années à venir.Comment réagiraient-ils?

Cordialement

Maurice BARDOT

APIFLORDEV

 

Chers Membres TECA,

C'est avec grand plaisir que j'accueille les nouveaux intervenants! Le varroa est donc également bien présent au Cameroun et au Rwanda. C’est un bel exemple illustré d’une méthode d’identification que nous transmets Christophe. Voici le lien vers une note TECA qui explique deux façons de quantifier les varroas dont celle avec le sucre impalpable : http://teca.fao.org/read/8663. Elle est écrite en Espagnol mais est très bien illustrée. Je vais voir s'il y a possibilité qu'on l'a traduise.

Merci également à Didier de nous partager ce document qui reprend différentes méthodes de traitements du varroa qui sont ou ont été utilisé en Europe. Par la suite, il me semble que vous aviez réalisé un programme d’identification et de comptage du varroa dans différents ruchers au Rwanda ? Pourriez-vous nous expliquer les méthodes utilisées ?

Maurice, quand vous parlez d’un plateau graissé, parlez-vous d’une partition graissée avec le produit et placée à l’intérieur de la ruche ? Pourriez-vous apporter quelques précisions en plus ?

Nabila, avez-vous également participé à une identification/comptage de varroa en Algérie ?

 

En effet, le problème n'est pas nouveau mais beaucoup d'apiculteurs et de techniciens le découvrent seulement, comme nous dit Maurice. A partir de quand faut-il s’alarmer ? Dès le premier varroa observé ? Quel est selon vous le système de comptage permettent d’obtenir les données les plus précises ?

 

 

 

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