Comment améliorer ses techniques d’extraction du miel des ruches traditionnelles et ruches à barrettes ?

Chers membres de TECA,

Participez à la seconde discussion francophone du groupe d’échange apiculture de l’année 2015.

La discussion sur les ruches à barrettes me pousse à aller plus loin et à aborder un nouveau sujet avec vous, celui des produits de la ruche. Ce type de ruche étant plus simple à fabriquer et à vulgariser dans les pays du Sud, possède ses propres techniques et méthodes qu’il est intéressant de développer pour pouvoir améliorer les pratiques de chacun.

Je vous propose tout d’abord de nous concentrer sur le produit phare des abeilles, le miel ! Ce délicieux nectar transformé et déshydraté par nos chères abeilles et dont le goût et la couleur varie fortement d’une région à l’autre et de la flore mellifère du lieu.

Il est fréquent en Afrique de se retrouver avec un miel ayant un goût de fumée. Il arrive également que certains apiculteurs peu expérimentés fassent fuir la colonie ou bien la tue durant la récolte. Extraire la totalité des rayons du miel sans en laisser aux abeilles peut également mettre la colonie en péril. Un autre problème rencontré sous les climats chauds et humides, est l’humidification et la fermentation du miel après la récolte, malgré une bonne sélection des rayons operculés à plus de 80%. 

Il est donc important d’aborder ce sujet en profondeur et tous les conseils sont les bienvenus !

J’animerai la discussion durant plusieurs mois en fonction des besoins et des échanges.

Les sujets à aborder seront entre autres :

  • Aspect pratiques : Récolte du miel imagée étape par étape, découpe des rayons, extraction, filtration et stockage du miel, précautions à prendre suivant le microclimat ;

  • Techniques d’extraction/filtration : description des  méthodes les plus simples demandant peu de matériel (1 seau, une toile,..). Si la situation demande l’utilisation d’une presse : description des différents modèles existants, fabrication d’une presse, partage de plans, de conseils.

  • Quelles sont les mesures d’hygiène à prendre en considération depuis la récolte jusqu’au stockage du miel ?

  • Faut-il nourrir après la récolte ou récolter moins ? Quelles sont les techniques adaptées aux ruches barrettes? Comment s’y prendre lorsque l’on travaille également avec des ruches traditionnelles (type longiforme) ?

  • Et pourquoi ne pas finir avec un partage de recettes alléchantes… ?

 

Rentrons dans le vif du sujet en partageant nos expériences et réflexions. La discussion débutera lundi 07-12-2015 avec la première question :

      1.   Comment évitez-vous le goût de fumée dans le miel ?

On entend souvent que les abeilles Africaines sont agressives et qu’il est nécessaire d’enfumer de façon importante la ruche. Est-ce vraiment le cas ? Je vous invite à décrire et illustrer étape par étape l’opération de récolte de miel, en expliquant comment bien utiliser la fumée afin d’éviter de dénaturer le goût.

Les questions qui seront ensuite abordées seront les suivantes :      

       2. Quels sont les différentes méthodes d’extraction du miel des rayons que vous avez rencontrées/utilisées ?

Un couteau, un seau et un filtre/une toile sont-ils suffisant pour extraire le miel des rayons ? Comment extraire le miel dans les milieux ruraux peu équipés, dans de bonnes conditions d’hygiène et tout en préservant les qualités du miel (taux d’humidité,..)? 

Améliorer son système en fabriquant une presse ! Avez-vous des modèles de presses à nous exposer ?

       3. Comment récolter de façon durable ?

Il n’est pas rare de rencontrer des apiculteurs ayant perdu des colonies affamées. Il est donc important de bien maitriser les périodes de sécrétion de nectar des plantes ainsi que les périodes creuses qui sont différentes d’une région à l’autre. Et donc, établir un calendrier apicole.

Il est difficile de savoir quelle quantité de rayons de miel laisser à la colonie. Quels conseils pouvons-nous transmettre aux jeunes apiculteurs ?

Au plaisir de vous lire!

Elsa

 

 

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Commentaires

Bonjour à tous,

J’ai le plaisir de vous annoncer que la discussion est ouverte. Voici pour introduire quelques mots sur la fumée traditionnellement utilisée pour calmer les abeilles.

En effet, la ruche rentre en état d’alerte et les abeilles ne pensent plus à piquer ou presque. Pensant qu’il y a un incendie de forêt, les gardiennes ayant reçu les premières bouffées de fumées préviennent le reste de la colonie. Les abeilles émettent alors un bourdonnement caractéristique en battant des ailes pour essayer d’évacuer la fumée et se préparent à quitter la ruche en se gorgeant de miel, ce qui les alourdissent. L’utilisation de la fumée doit cependant se faire avec parcimonie car utilisée en trop grande quantité ou trop chaude, elle peut aussi devenir nocive pour les abeilles, les rendre agressives ou encore donner un mauvais goût au miel

Dans votre réponse à la 1ère question, il est également intéressant de décrire le matériel, les combustibles et les techniques d’enfumage utilisées. Ces éléments auront une influence sur la présence du goût de fumée dans le miel mais aussi sur la santé des abeilles.

J’ai par exemple rencontré des apiculteurs débutants au Rwanda qui utilisent de la bouse de vache séchée comme combustible. N’ayant pas d’enfumoir métallique à soufflet, ils posent la bouse de vache séchée allumée sur une tige fraiche de bananier (assez longue pour pouvoir la tenir à l’autre extrémité). La flamme est bien évidemment étouffée pour ne laisser ressortir qu’une légère fumée que les apiculteurs dirigent dans la direction souhaitée en soufflant dessus. Est ce que point de vue hygiène et qualité du miel, y a-t-il un problème à utiliser ce type de combustible?

Décrivez nous vos anecdotes, trucs et astuces !

Merci d’avance pour vos réactions.

Elsa

 

 

 

Portrait de Aimé KAZIKA

Salut cher tous,

Après un long moment du silence et je vous rejoint encore sur cette nouvelle discussion consacrée aux abeilles particulièrement sur le miel fumé.

En effet, l'enfumage est une technique utilisée par les apiculteurs locaux pour reduire l'agressivité des abeilles et non dans l'intension de les tuer. Le but visé par les apiculteurs est de pouvoir faire l'extraction dans le calme et sans être derangé par des piques.

Dans la région où j ai travaillé, les apicultueurs utilisés des enfumoirs fabriqués localement en métal, mais dont les matériaux utilisés dans l'enfumoir est le déchet de noix de palme.

L'avantage qu'ont les déchets de noix de palme, c'est pratique, accessible et facile à les acheter ou les trouver. Ils ne n'affectent pas la qualité ni le goût organoleptique du miel.

Ainsi, collectés et mis dans les enfumoirs, les déchets de noix de palme, dégagent une fumée moins piquant et son odeur n'est pas si attaché au miel récolte.

Deuxièmement, l'enfumage doit se faire tot le matin ou tard dans la soirée et pas aussi en journée très ensoleillée...car, le moment ensoleillé énerve les abeilles et elles deviennent trop agressives.

En utilisant ce genre de technique, vous récoltez du miel pur, de meilleure qualité toute fois, la filtration avec du linge blanc aide à éliminer les déchets solides.

 

Voilà l'expérience que j'ai voulu partager.

Bonjour à tous,

Apiculteur dans le sud de la France, j'utilise des copeaux de bois pour faire de la fumée. Attention à ne pas utiliser de bois exotique car ça énerve les abeilles, préférer le sapin ou le pin. Et des copeaux de taille assez grosse pas de la sciure.

Les aiguilles de pin vont bien aussi. Le carton...Chez les revendeurs de matériel d'apiculture on trouve des granulés de lavande qui vont très bien, j'en utilise pour la récolte.

Un conseil pour avoir de la fumée froide, mettre de l'herbe verte au dessus du combustible.

Je ne suis pas sûr que les abeilles soient plus énervées en milieu de journée quand il fait très chaud. Ici le milieu de la journée est le meilleur moment pourvisiter les ruches car le maximum d'abeilles sont dehors.

Cordialement.

Marc

Bonjour à tous,

Effectivement, l’utilisation abondante de fumée lors de la récolte du miel risque de “contaminer” le goût du miel.  Il faut donc l’utiliser avec modération et juste pour calmer les abeilles afin de pouvoir travailler tranquillement en tuant le MOINS d’abeilles possible. Deux ou trois bouffées de fumée de l’enfumoir à l’entrée de la ruche et puis en ouvrant la ruche, quelques bouffées de fumée. Et puis encore un peu quand les abeilles s’agitent.  Bien sur, l'agressivité des abeilles dépend aussi de la période de la journée et le temps, la race, et les capacités de l'apiculteur.

Une fois récolté les panneaux, il faut les mettre dans un container propre et de préférence avec couvercle afin d’éviter que la fumée de travail puisse “enfumer” les panneaux.

Une fois le miel extrait des panneaux, il est important de le conserver dans un container propre et bien fermé.  Une caractéristique du miel est qu’il absorbe l’humidité et les odeurs de son environnement. Donc si le miel est conservé dans un containeur qui n’est pas bien fermé, il absorbera l’humidité de l’air dans les climats humides ou même l’odeur de la pièce où il est stocké.  Ainsi, la fumée de bois de la cuisine peut également altérer le goût du miel.  

J’ai noté que dans certaines régions du monde, le goût à fumée est associé par les gens à la qualité du miel. Un miel qui n’a pas le goût fumée n’est pas un vrai miel.  Tout comme la présence de morceaux d’abeilles mortes dans le pot de miel est signe de vrai miel. Quel est votre avis ou votre expérience par rapport à cela ?

Je suis intéressée de voir des photos d’enfumoirs locaux.

Merci,

Charlotte

Bonjour Charlotte,

Vous trouverez ci-dessous la photo d'un enfumoir utilisé en Bolivie, dans la région de Sta Cruz de la Sierra, en direction du Gran Chaco. Elle jouit d'un climat et d'une végétation tropicale. Les apiculteurs (d'une association soutenue par l'ONG Miel Maya Honing, Belgique), y brûlent des brindilles trouvées sur le sol. Dans cette région, plus que dans d'autres, les abeilles sont assez agressives.

Anne-Christine Brouwers

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Bonjour à tous,

Bienvenue à Aimé, Marc et Charlotte ! Merci de votre intervention. Vous faites ressortir des informations très pertinentes.

Aimé, peux-tu nous rappeler dans quelle région en RDC tu as travaillé sur l’apiculture ? L’utilisation des déchets de palme semble interressante. Sont-ils utilisés pur ou en mélange avec d’autres matières ? Aurais-tu également une photo d’enfumoir métallique à nous transmettre avec quelques explications sur sa fabrication ?

Le choix du combustible a beaucoup d’importance. Il doit s’enflammer facilement mais brûler lentement et sans flamme. La paille d’herbe sèche, la sciure de bois fine, le papier ou encore le carton peuvent être utilisés uniquement pour allumer l’enfumoir et non comme seul combustible, car ils produisent des flammes (et fumée trop chaude) et brûlent trop rapidement. J’éviterais tout de même le carton car il contient du goudron et des produits toxiques. Ne parlons même pas du plastique et autres matières artificielles qui dégagent des gaz désagréables et toxiques ! Des matières naturelles spécifiques non toxiques et sans odeurs fortes doivent donc être utilisées, tels que de gros copeaux de bois ou encore les déchets de palmes, les rafles de maïs, des feuilles d’arbres, de la bouse de vache séchée, des granulés de lavande (en France),… Avez-vous d’autres exemples de combustibles ?

Merci Marc pour votre remarque concernant la fumée froide qui est très importante ! La fumée chaude doit être refroidie avec des matières plus fraiches (herbes vertes légèrement humides) !

Comme le mentionne très bien Charlotte, le miel est effectivement un produit qui capte facilement les odores, c’est pourquoi il ne suffit pas de récolter le miel avec de bonnes pratiques et dans de bonnes conditions d’hygiène. Il est également nécessaire de porter son attention sur les conditions et le lieu d'extraction du miel des cadres et sur ses conditionnements de stockage.

Sinon, quelle est votre avis sur la remarque de Charlotte « Un miel qui n’a pas de goût de fumée ou n’a pas de traces de pattes d’abeilles n’est pas un vrai miel » ? C’est une réflexion que j’ai également entendu au Rwanda.

Au plaisir de vous lire :) !

 

NB concernant la période de la journée pour intervenir : j’ai souvent entendu que les apiculteurs interviennent en début ou fin de journée. Cela dépend du pays et du climat dans lequel on se retrouve. Il me semble qu’elle doit correspondre aux périodes de la journée où la majorité des butineuses sont à l’extérieur de la ruche, parties récolter. En Belgique et en France (ainsi que d’autres pays européenne), cela correspond aux périodes les plus chaudes de la journée. Dans les pays chauds d’Afrique (Afrique de l’ouest, savanes arborées,…) cela correspond aux périodes plus fraiches de la journée, c’est-à-dire en début de matinée et en fin d’après-midi car les abeilles peuvent en effet être affectées par les grosses chaleurs et préfèrent rester dans la ruche. Par contre, je pense que dans les régions montagneuses ou proches de forêts tropicales plus fraîches, les visites de ruches peuvent également se faire en milieu de journée. En tout cas, cela doit se faire lorsqu’il fait jour et non à la tombée de la nuit avec une lampe de poche car cela représente également une agression pour les abeilles.

 

Portrait de Aimé KAZIKA

Bonjour chère Elsa,

 

Merci bien pour les informations supplémentaires apportées à cet échange combien instructif. En effet, j'ai travaillé en République Démocratique du Congo, dans sa partie sud-ouest, dans la province du Bandundu, district du Kwango et territoire de Popokabaka à 400 Km de la capitale Kinshasa.

Le projet concernait plus les apiculteurs situés dans les villages de Popokabaka et ceux situés dans la région de Twana, une région très favorable au développement de l'apiculture familiale.

S'agissant des déchets des noix de palme utilisés par les apiculteurs, ils étaient utilisés purs sans mélange...pour éviter justement, les odeurs qui pouvaient affecter les abeilles ou la qualité du miel.

Pour les enfumoirs, je me souvient, ils étaient fabriqués à Kinshasa ou à Kisantu ( dans l'autre province de la RDC). Je n'ai pas une photo, mais, c'est le même type d'enfumoir utilisés à Kisantu.

Faudra signer, au début, les apiculteurs de la région de Twana et de Popokabaka, n'utilisaient pas cette technique d'enfumoir, ce qui reduisait le rendement en meil, car, leurs méthodes traditionnelles tuaient les abeilles. Nous en avions fait appel aux techniciens de Kisantu qui sont allés formés les apiculteurs de la province de Bandundu sur la fabrication des ruches modernes à barettes et l'utilisation de l'enfumoir, voir même, la technique de capture de la Reine. Toutes ces notions n'"étaient pas connues au départ.

Deuximèment, dans cette partie de Bandundu, les ruches qui sont utilisées sont des morceaux des arbres arrondies et troués...donc, à la récolte, on détruit totalement la ruche, ce qui a des effets sur la biodiversité, les écosystèmes forestiers etc...

Bonjour,

Aimé tu as soulevé un des gros problèmes de l'apiculture en Afrique: la formation. C'est le gros problème de l'Afrique, il y a bien des missions et des ONG qui s'occupent de ces problèmes mais ce n'est pas toujours des réussites car les formateurs qui viennent d'Europe et qui sont certes très compétents mais ils viennent avec leur formation et leur expérience d'Europe mais ne connaissent rien des abeilles locales et des coutumes du pays, c'est bien là le gros problème et la principale cause d'échec. Ayant vécu dix ans en Afrique, je connais bien ce problème et ce n'est pas toujours simple d'y remédier.

                                                                                                                                                      J.TURCHET

Chers amis apiculteurs,

Cette discussion est bien intéressantecar même si l'enfumage semble anodin, il pose quand même pas mal de question. Permettez-moi demettre mon grain de sel  et de, notamment, rebondir sur le commentaire de Charlotte concernant le goût du miel.

 Lorsque j’ai parlé avec des apiculteurs congolais des bonnes pratiques de récolte et notamment de l’usage modéré de l’enfumoir, plusieurs d’entre eux m’ont également indiqué que leur clientèle associe le goût de fumée à celui du miel de qualité. En effet, les amateurs de miel de là-bas mangent depuis leur plus tendre enfance un miel au goût de fumée. Il leur est donc très difficile de dissocier le gout de fumée du goût du miel et du plaisir que celui-ci procure lors de sa dégustation.

Changer ces habitudes relève d’un vrai travail d’éducation du consommateur. L’apiculteur devra conscientiser son client et lui expliquer pourquoi le miel n’a plus le même goût qu’avant. Les amateurs de miel du monde entier sont aussi très sensibles à l’argument santé et aux effets bénéfiques du miel sur l’organisme. Et les traces de fumée dans le miel ne doivent certainement pas être très positives pour notre santé… Voici un bel argument pour défendre la place d’un miel  de qualité, exempt de trace et de gout de fumée. 

En ce qui concerne les matériaux utilisés dans l’enfumoir, dans le Bas-Congo, du côté de Luki, ils utilisent la « mousse » contenue dans les fruits de baobab séchés.

 

Charlotte a également raison sur le problème de la gestion de l’humidité une fois le miel récolté. Il arrive souvent qu’un miel récolté avec un degré d’humidité correcte finisse par fermenter car il n’a pas été stocké dans les conditions adéquates.

 

Mais j’aimerais soulever une question : comment savoir qu’un miel est suffisamment sec avant de le récolter ? Car, surtout sous les tropiques, il n’est pas rare de trouver du miel avec un degré d’humidité supérieur à 23° alors même que toutes les cellules du cadre sont operculées ?

 

 

Céline

 

 

Bonjour,

Je suis assez étonné par ce problème de fumée qui donne goût au miel, je n'ai jamais eu à faire face à ce problème en France ou en Afrique. En France, j'utilise des granulés de noyaux d'olives broyés ou des copeaux de bois, en Afrique j'utilisais des herbes sèches non toxiques, des copeaux de bois parfois des feuilles séchées.

Il est vrai qu'il faut faire très attention avec les produits utilisés car certains rendent les abeilles très agressives ce qui rend la visite impossible.

En ce qui concerne l'humidité du miel avant la récolte c'est l'hygromètre à sonde mais avec de la pratique on a pas besoin de cet appareil. On trouce sur le marché de petit hygromètres simples et pas trop chers et il faut éviter de faire du miel par temps humides mais ce n'est pas toujours simple. Le dernier recours est le sécheur de miel mais c'et un assez gros investissement.

                                                                                                                                        J;TURCHET

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