Comment mener au mieux des essais de mise en élevage d’abeilles sans dard (Meliponiculture) ?

Cher(e)s members du forum,

La question sur le miel de Melipone (voir discussion : Qu'en est-il du miel de mélipones en Afrique?) nous a poussé à aller plus loin. Nous avons, parmi nos membres TECA, des apiculteurs, des étudiants, des chercheurs qui démarrent des expérimentations sur le sujet. 

Je vous propose donc de poursuivre nos échanges, dans cette discussion dédiée spécialement aux essais de mise en élevage des abeilles sans dard (Melipona, Hypotrigona,etc). 

Pour rappel, les abeilles sans dard font partie de la famille des Apidae, et jouent un rôle important dans la pollinisation de différents types de plantes, tout comme les abeilles mélliferes Apis mellifera. Elles sont présentes dans les régions tropicales et subtropicales du monde entier. On estime que 400 à 500 espèces d’abeilles sans dard sont connues, mais apparemment, on en découvre de nouvelles chaque année. 50 espèces en Afrique, 300 dans les Amériques, 60 en Asie, 10 en Australie et 4 à Madagascar ont été identifiées. Cette discussion portera uniquement sur les abeilles sans dard d’Afrique.

  • Pourquoi et comment mettre en place des expérimentations sur l’élevage d’abeilles sans dard? Comment les identifier? Les modèles de ruches existantes sont-elles adaptées aux conditions de vie naturelle de ces abeilles ? Quelles sont les difficultés rencontrées et comment y faire face ?

Toutes ces questions nous allons essayer d’y répondre ensemble! Réfléchissons et partageons nos expériences de terrains !

Nous savons que le miel de mélipones possède des propriétés médicinales très intéressantes. Il a une place très important dans la culture des peuples vivant dans, ou en périphérie, des forêts. Nous savons aussi que ces animaux sont très fragiles qui dépendent d’un environnement non dégradé et riche en biodiversité. Selon les peuples pygmées, la cueillette de ce miel pouvait se faire en abondance du temps de leurs parents. Aujourd’hui, avec l’augmentation de la population et de la pression sur la forêt, ils doivent  parcourir plus de km pour trouver le miel dont ils ont besoin pour se soigner, mais aussi pour leur cérémonie de mariage,… !  

Il y a donc petit à petit une prise de conscience et un souhait de mise en élevage de ces espèces afin de préserver cette richesse!

J’animerai la discussion durant plusieurs mois sur base des questions ci-dessous, abordées une par une :

  1. Pourquoi élever des abeilles sans dard et comment identifier les espèces de ma région ? Il existe en effet de nombreuses espèces. Il n’est sans doute pas possible, ni nécessaire de mettre en élevage toutes ces espèces, mais il est important de savoir qui peut venir habiter vos ruches. Une fois l’espèce identifiée, nous pourrons ensuite être attentifs à ses besoins spécifiques.
  2. Essais de mise en élevage : quelle méthodologie employez-vous ? Comment transférer une colonie de son espace naturelle, à une ruche? Voulons-nous tester l’élevage de la même espèce d’abeilles dans différents modèles de ruches? Ou l’adaptation d'une espèces d’abeilles dans un même modèle de ruches en particulier?
  3. Quelles sont les différents modèles de ruches que vous utilisez? Comment les conduisez-vous? Quels sont les points d’attention et les difficultés rencontrées et les pistes d’amélioration possibles ? En effet, les apiculteurs habitués à Apis melifera devrons changer leurs habitudes, afin de répondre aux mieux aux exigences de ces abeilles : apport de photos, de dimensions, échange pratique d’expériences, de conseils, etc.
     

L’élevage d’abeilles sans dard, aussi appelée méliponiculture intrigue!  Démarrons pas à pas avec la première question : Pourquoi élever des abeilles sans dard et comment identifier les espèces de ma région ?

Merci de vous présenter et de dire pour le sujet vous intéresse, lors de votre première intervention.

Au plaisir de vous lire!

Commentaires

Voici l'imgage commentée sous format PDF (en lien avec mon intervfention du 10 novembre).

Bien à vous

Salut à tous,

Juste pour dire merci à Elsa pour les commentaires qu'elle a ajoutés sur cette photo qui nous permet de comprendre comment les trigona organisent leur espace de travail : le couvain d'un coté s"paré du grenier. '

 

Bonjour Monsieur Tchambat,

 

Je ne suis pas experte et je ne parviens pas à bien voir les abeilles sur les photos que vous nous avez partagées. Cependant, je pense que les petites espèces ressemblant fortement aux moucherons sont soit du genre Hypotrigona ou Liotrigona. Dans l’Atlas Hymenoptera, il est indiqué que nous pouvons différencier les deux genres en regardant le scutum qui est une partie du mesosoma (thorax + premier segment abdominal). Voir schéma du mesosoma ci-dessous (source : ABC taxa : les genres et sous-genres d’abeilles de l’Afrique subsaharienne, Eardley and al., 2010).

Chez Hypotrigona, le scutum est mat, tandis que chez Liotrigona le scutum est lisse et brillant. Je me suis personnellement arrêtée à l’identification du genre et non de l’espèce. Mon œil n’est pas encore assez entrainé pour pouvoir faire cela…

 

Bien à vous,

Hélène

Images: 

La deuxième photo est un nid de Liotrigona sp.

Bonjour à tous,

 

La demande vient en effet d’un intérêt local. La communauté Baka réalise depuis peu l’apiculture d’Apis mellifera au sein du village Ceci permet de diminuer la cueillette « sauvage » de cette espèce. Cependant, certaines personnes ont peur d’élever ces abeilles domestiques car elles craignent d’être allergiques à leurs piqures. 

La saveur et les propriétés thérapeutiques du miel de mélipone poussent les Baka a toujours retourner en forêt pour en récolter. Malheureusement, ils observent une diminution du nombre de nids et une raréfaction de certaines espèces. Pour s’en procurer, ils doivent entrer de plus ou plus loin en forêt. C’est donc une nécessité de développer cet élevage pour protéger ces espèces vulnérables tout en permettant à la communauté Baka d’avoir encore accès à ces différents miels.

Enfin, pratiquer la cueillette sauvage comporte des risques pour le cueilleur. En effet, ils doivent soit abattre l’arbre soit y grimper ce qui est particulièrement dangereux.

 

Au niveau de l’identification, j’utilise un microscope qui n’est pas l’outil idéal mais qui me permet de voir certaines caractéristiques que je ne verrais pas à l’œil nu tel que la nervure des ailes, le corbicula (corbeille située sur les tibias postérieurs servant à récolter le pollen)… La couleur peut aider mais uniquement dans certains cas. Je pense que suivre la clef d’identification dans ABC Taxa est vraiment l’idéal! Qu’en pensez-vous? Avez-vous essayé d’identifier quelques mélipones?

 

Bien à vous,

Hélène.

Salut à  Hélène

Je vous remercie pour votre réponse Je comprends désormais que ma colonie de mélipone est du genre Liotrigona. Je dois avouer qu'il me faut un microscope pour bien les identifier. Puisque mes yeux sont entamés, je vais me contenter de les élever !

Merci

Inno

Bonjour à tous,

Bonjour Hélène,

Merci pour ces informations complémentaires concernant les méthodes utilisées pour identifier les abeilles sans dard de la région de l’Est Cameroun.

Comme vous nous l’avez précisé, les résultats des identifications de terrains devront ensuite être confirmés par un spécialiste. Cependant, pouvez-vous déjà nous donner une idée de la richesse présente ? Combien d'espèces (ou de genres) d’abeilles sans dard avez-vous pu identifier depuis le mois de septembre ? Dans quel environnement se trouvaient-elles (troncs d’arbres, cavités souterraines, ancienne termitière,…?) ? Avez-vous des photos à nous transmettre des espèces que vous avez décidé de mettre en élevage ?

Au plaisir de vous lire.

 

Bonjour à tous,

Depuis mon arrivée au Cameroun, début septembre 2017. nous avons identifié avec les Bakas d'un village de la réserve du Dja,  dix espèces au total :

  • • Une espèce du genre Dactylurina ;
  • • Une espèce du genre Hypotrigona ;
  • • Deux espèces du genre Liotrigona ;
  • • Deux espèces du genre Meliponula (Axestotrigona) ;
  • • Trois espèces du genre Meliponula (Meliplebeia) ;
  • • Une espèce du genre Meliponula (Meliponula).
 

La plupart des nids des genres Hypotrigona, Liotrigona et Meliponula ont été découvert dans des troncs d’arbre.

 

Le genre Dactylurina construit toujours des nids exposés. Tandis que certaines espèces du genre Meliponula (Axestotrigona) et Meliponula (Meliplebeia) peuvent être découverte dans des termitières. Deux espèces du genre Meliponula (Meliplebeia) avaient construit leurs nids dans des cavités souterraines.

 

Bonjour à tous, 

 

Pour la suite de nos recherches, nous avons choisis de mettre en ruche trois espèces d'abeilles sans dard, deux du genre Meliponula et une du genre Liotrigona :

  •   Meliponula (Meliponula) bocandei : choisie pour l’abondance des nids et la productivité ;
  •   Meliponula (Axestotrigona) togoensis : choisie pour l’abondance des nids et pour le bon goût acidulé du miel
  •   Liotrigona sp. : choisie pour son adaptabilité et pour la productivité

Ces espèces ont été choisies selon les caractéristiques précédemment citées qui nous ont été donnée sur par les Bakas et certaines que nous avons pu observer sur le terrain. Bien a vous,Helene.

Bonjour Hélène, Bonjour à tous !

Pourriez-vous nous transmettre une photo des 3 espèces que vous avez sélectionnées pour l’élevage ?

Suite à quelques recherches bibliographiques, voici des informations sur les abeilles du genre Meliponula. Ces abeilles sans dard sont trouvées en Afrique sub-saharienne. Elles sont petites, avec des tailles allant de 2 mm à 8 mm selon les espèces. Elles sont considérées comme d'importants pollinisateurs. Elles nichent souvent dans les arbres, et occasionnellement au niveau des fenêtres, les panneaux de porte et du toit des maisons. Elles sont particulièrement menacées par des augmentations drastiques des activités anthropiques dans les zones boisées. Protégeons-les…

Ici vous avez un article scientifique de 2010, assez intéressant : « Les abeilles du genre Meliponula Cockerell, 1934 (Hymenoptera: Apoidea), potentialité pour la méliponiculture au Burundi » 

  • L’étude montre l’existence de 4 espèces d’abeilles du genre Meliponula au Burundi dont deux sont 2 peuvent être élevées (point 4 discussion): Meliponula bocandei et Meliponula ferruginea (déjà élevée au Ghana). Je vous invite à consulter le document pour en savoir plus. 
  • L’article donne quelques indications sur la méliponiculture en Afrique. Elle serait  surtout pratiquée en Tanzanie mais également au Ghana au Kenya, au Botswana et en Afrique du Sud.

Auriez-vous des contacts apicoles dans l’un de ces pays ?

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